Dites , Madame , c'est quoi , la résilience ?

Publié le par Claude Borghetto

"Les gens heureux ne sont pas ceux qui ont été les plus épargnés par la vie.
Ce sont ceux qui ont su en tirer une force vive pour rebondir." 

 

Pendant le confinement , un jeune m'a demandé d'expliquer ce qu'était le concept de résilience . Pas facile à présenter en faisant oeuvre de pédagogie à des jeunes qui n'ont jamais ouvert un bouquin de psycho !

Allez hop , on essaie !

Pour parler résilience , il faut évidemment évoquer les traumas.

Le trauma, il faut en parler.

Une blessure psychique , un traumatisme physique , et parfois les 2 ! 

Un trauma psychique , c'est un choc émotionnel , des affects provoqués par une situation. Qui dit trauma dit blessure.

Mais il ne faut pas oublier que le trauma , c'est aussi l'expression des composantes névrotiques de la personnalité , c'est à dire de conflits intrapsychiques préexistants mais stimulés et amplifiés par des circonstances extérieures.

Des personnes présentent parfois des troubles  d'ordre émotionnel,  une grande anxiété par exemple, au moindre rappel d'un accident , des cauchemars aussi , des souvenirs obsessionnels , une modification profonde de l'affectivité. Vous vous reconnaissez ? 

En fait , la situation remet radicalement en question ce qui fonde une existence , c'est à dire tout ce qui est créateur de stabilité et de sécurité dans une vie.

Evènement traumatique = évènement stressant ET blessure  psychique donc réaction de stress !

Ne jamais oublier que c'est normal d'avoir un état de stress consécutif à un évènement traumatique.

Et apparaît la souffrance psychique. Le rapport au monde social s'en trouve complexifié : or, c'est dans la relation à autrui que chacun peut se construire ou ....être détruit.

Un personne blessée , c'est un être marqué. On dit souvent d'ailleurs " marqué au fer rouge".

Mais être vulnérable , ça veut dire quoi ? Tout le monde n'est pas marqué de la même façon, chacun réagit à sa manière .Comme le disait notre cher ami Freud en parlant d'une "sensibilité propre à chacun et qui le rend réceptif , perméable , touchable".

Réactivité et fragilité par rapport aux évènements sont très personnels !

Attention quand même au fameux sentiment d'invulnérabilité ! S'il est très développé, ouille !

Quid des ruminations mentales ?

Le fait de se trouver ramené de manière répétitive au passé a pour conséquence de figer la dynamique temporelle : passé , présent , avenir, et de la geler en quelque sorte dans l'étau du trauma, ouille ! On se retrouve ligoté par le passé, un passé traumatisant qui continue à envahir notre esprit , nos émotions, et ça, toute la vie !

Incapable d'investir le présent car nous sommes sans cesse renvoyés dans le passé!

 

Mais la vie n'est pas un temps mort ! On ne peut pas rester sans perspective d'avenir !

Notre éventuelle incapacité , impossibilité à oublier, nous affecte de manière profonde et notamment les processus psychiques en oeuvre dans la mémoire: elle révèle une mémoire qui n'arrive plus à faire son travail.

Pour vivre , il faut oublier !

Il est nécessaire de faire le deuil de ce qu'on a perdu .

Le vécu traumatisant se trouve continuellement réactivé après coup , aie aie aie.....

La souffrance  va être un facteur de changement de personnalité, par exemple de l'agressivité ou de l'indifférence . Les troubles corporels et la souffrance psychique sont indissociables.

Etre dépressif , ça veut dire quoi ? ça veut dire avoir un sentiment de perte de sa capacité à agir. On est impuissant face à ce qu'on vit. D'où le repli sur soi car on se sent incompris.

La réaction émotionnelle est caractérisée par la peur et l'insécurité ( un monde dangereux et menaçant...). C'est évidemment source de nouvelles angoisses. Et cela entretient la blessure .

A noter que les personnes autoritaires développent un sentiment de culpabilité voire de responsabilité dû au respect des normes sociales et d'une soumission à l'autorité.

Pour les personnes blessées, le retour dans un contexte social ordinaire est vécu comme une confrontation problématique : le blessé fait l'expérience qu'il vit dans 2 mondes.  Il  se sent déphasé , il perçoit un fossé entre lui et le monde extérieur, il a le sentiment de ne plus être comme les autres et de ne plus pouvoir vivre comme tout le monde.

Le retour dans un monde normal est un vrai parcours du combattant .

J'entends souvent parler de mort sociale : changement de métier, abandon forcé de nombreuses activités sociales avec le risque de désocialisation, c'est compliqué !

Les personnes disent aussi avoir le sentiment d'être stigmatisées par leur blessure , l'impression d'être difficilement "gérables" socialement.

Etre victime, c'est faire l'objet d'une perception sociale. Les victimes signalent le jugement social récurrent porté sur elles. Etre victime , c'est être classé dans une catégorie qui nous distingue des autres. C'est bien sûr être enfermé dans un cadre réducteur.Le jugement social construit l'identité sociale de la victime.

 

Quel soutien  et pour quelle résilience ?

 

La qualité de la relation est importante car le réconfort a une fonction réparatrice. Enveloppe affective et réseau social ne sont pas à négliger car les liens sont guérisseurs et ils constituent une véritable protection contre la douleur et le repli. Bref , un conseil : ne restez jamais seul !  La valeur du soutien affectif est d 'autant plus grande que les attentes envers quelqu'un sont grandes.

Evidemment , les compétences psychosociales sont altérées , c'est à dire la manière de se comporter socialement de façon adéquate. Le problème étant d'arriver à vivre socialement avec la blessure .

 

Mais la bonne nouvelle , c'est que les  capacités adaptatrices et les ressources du Moi sont énoooormes !

Alors , la résilience , c'est quoi ?

C'est l'aptitude à résister aux chocs psychiques et à tenir le coup , la capacité du psychisme à encaisser ce qui nous a marqués.

Et je peux vous le dire , sûre de moi : la capacité humaine à faire face aux épreuves et même à en sortir transformé est colossale ! Mais je peux vous dire avec la même certitude que le maintien dans le ressentiment est dangereux!

Mettre à distance la blessure , c'est renouer une relation précaire avec les joies de la vie.

Prudence aussi ! Le déni étant une forme de refus de la réalité, attention à cela....Voir malheureusement la force et le rôle des croyances dans des illusions. Le déni est passager dans la vie courante mais il a tendance à devenir durable dans le cas d'un trauma.

 

Moi , je me protège ! entend-on parfois.

Les mécanismes de protection peuvent aussi être des carapaces; c'est à dire un blindage psychologique , comme une sorte d'anesthésie affective.  Et qui amène certains , pour leur malheur , à être froids et distants. La contenance est énorme, regardez autour de vous : certains présentent une attitude de froideur et de dureté typiques de ce blindage. L'insensibilisation psychique est liée à l'épreuve endurée .

Il faut donc un programme minimum par rapport à l'extérieur et aux autres.

Objectif : reconstruire le sentiment de soi en s'engageant dans un autre projet de vie et apprendre à vivre autrement .

Vivre avec ses blessures , c'est un autre apprentissage de l'existence . Les déterminismes extérieurs ne sont jamais absolus et définitifs.

Dites , Docteur , je vais guérir ?

Of course ! Mais attention , comprenons-nous bien : la guérison n'est pas la restauration d'un état intérieur d'intégrité. C'est au contraire , un véritable et consistant travail intérieur de reconstruction parfois long et  de temps en temps douloureux de la vie.

Un enjeu psychique important mais génial : la possibilité de re-créer sa vie ! A vous de jouer !

Je dédie ce post à toutes celles qui luttent en ce moment même contre un cancer du sein . Tenez bon , les filles. Vous n'êtes pas seules.

Je répète : vous n'êtes pas seules .

 

Avec vous , toujours.

 

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