Harcèlement scolaire et Médiation

Publié le par Claude Borghetto

Débat en Terminale aujourd'hui . Sujet du jour : le harcèlement scolaire.

Une élève prend la parole pour témoigner . En victime .

Malaise dans la classe , surtout pour moi.

Horrifiée , je constate que les faits se sont déroulés il y a 2 ans , dans l'une de mes classes de Secondes.

Je n'ai rien vu , rien senti .

L'élève me rassure ou pense me rassurer en me disant que sur mes cours , devant moi , il n' y avait rien . Il est vrai que les harceleurs sont des gens très prudents.....

Inutile de vous dire que j'ai passé une sale journée et je voudrais tout simplement présenter mes excuses à cette élève pour laquelle je n'ai peut être pas eu , il y a 2 ans , l'attention suffisante pour déceler son calvaire et son trauma.

Avant d'être prof de telle ou telle discipline , nous sommes éducateurs et la sécurité de nos élèves/étudiants fait partie intégrante de notre mission , d'un point de vue humain et juridique : la France est un Etat de Droit et le harcèlement est un délit .

Que les choses soient claires avec les harceleurs .

Propos soutenu fermement par le Procureur de la République, Pierre Sennès , dans le cadre de la table ronde sur le harcèlement et la médiation scolaire le 6 Mai 2015, avec Jean Pierre Bellon et Bertrand Gardette , que j'avais organisée à l'Ecole de Droit à Clermont .

La responsabilité pénale des mineurs n'est pas une légende :l 'article 122-8 du code pénal pose certes le principe de l'irresponsabilité pénale absolue du mineur de moins de treize ans. Les jeunes âgés de treize à dix-huit ans sont présumés irresponsables, mais peuvent toutefois faire l'objet d'une condamnation pénale " lorsque les circonstances et la personnalité du délinquant " le justifient.

La médiation par les pairs , une piste de réflexion évoquée régulièrement , n'est envisageable que sur des faits mineurs .

N'oublions pas que la personnalité des médiés est très importante : certains élèves- harceleurs n'ont absolument pas le profil de la médiation .La grande perversité existe aussi sur le territoire scolaire .

Dans tous les cas , les faits doivent impérativement être signalés : prof principal , CPE , parents , Proviseur , Chef d'établissement etc....

Aujourd'hui , en 2h en Terminales , 4 anciennes victimes ont parlé et raconté leurs calvaires , devant le groupe ou seules à la fin de mon cours , tout en m'assurant qu'il y en a beaucoup plus et que certains se taisent par honte ou culpabilité . Toutes ont dû quitter leurs établissements .

Ce n'est pas acceptable et en tant qu'enseignante , j'ai mal et j'ai honte du fonctionnement de notre institution.

D'où mon interrogation : le personnel de l'Education Nationale , les forces de l'ordre sont-elles assez formées sur le harcèlement scolaire ?

N'oublions pas cette dure règle en psycho à savoir qu' un trauma se fait en 2 coups : la blessure dans le réel et le regard social sur le trauma en question , notamment en cas de non reconnaissance .

Par exemple , pour nos amis juifs qui subissent un antisémitisme croissant et intolérable , la déportation est un trauma mais je suis intimement convaincue que les thèses négationnistes sont encore pires pour eux .

Conclusion : le silence est inacceptable , minimiser les faits est totalement inconcevable et je supplie mes élèves /étudiants de me signaler tout problème sur ce sujet , qu'ils soient victimes ou témoins de harcèlement .

Encore une fois toutes mes excuses à cette élève pour ne pas avoir vu cette situation épouvantable il y a 2 ans .

Quelques pistes avec Bertrand Gardette et Jean -Pierre Bellon , spécialistes du harcèlement scolaire :

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