Médiation : qu'attend-on de l'Etat ?

Publié le par Claude Borghetto

Médiation : qu'attend-on de l'Etat ?

Lorsque j'étais étudiante en Master Médiation , je me souviens d'avoir travaillé la médiation , l'avoir malaxée , l'avoir digérée , l'avoir comparée.... pour finalement en tomber amoureuse !

Sincèrement .

Définitivement .

Quelle belle discipline ! Qui s'enseigne à l'Université.... et avec quel bonheur !

Mais qu'en faisons -nous ? Que voulons - nous en faire ?

Et quel rôle pour l'Etat ?

L'Etat , ce bel inconnu qui un soir , a déclaré sa flamme à dame Médiation .... l'a emporté sur son beau cheval puis l'a enfermée dans le donjon de son château.....

Puis- je aller chercher un chevalier blanc pour libérer dame Médiation ?

Mon chevalier s'appelle Alexis de Tocqueville , noble de cette belle région qu'est la Normandie parti en 1831 à la découverte du régime démocratique Américain , curieux et passionné de cette belle et sauvage Amérique . Beaucoup de rencontres ont émaillé son voyage : juristes , publicistes , hommes politiques , hommes d'Eglise ou responsables d'associations philantropiques .

Qu'en a -t-il rapporté ?

Un ouvrage " De la démocratie en Amérique" ( 1ère partie publiée en 1835 et 2e partie en 1840).

Sa problématique était la suivante :

La démocratie étant un fait irrésistible, quelles en sont les conditions et les conséquences ? Comment éviter les risques de servitude que comporte la démocratie ? Comment rendre compatibles égalité et liberté ?

Dans le tome 2 , Tocqueville montre que dans une société démocratique règne une passion pour l'égalité qui doit l'emporter sur le goût de la liberté .Les citoyens aiment la liberté plus comme condition du bien- être que pour elle même. Il est donc à craindre que , dans certaines circonstances et en cas de mauvais fonctionnement des institutions, les gens soient prêts à sacrifier la liberté dans l'espoir de consolider leur bien être.

Tocqueville n'hésitait pas à évoquer des citoyens apathiques qui délaissent au pouvoir central le soin des affaires publiques , sans volonté ni désir d'exercer le moindre contrôle .

Apathie qui viendrait d'une part de l'individualisme et d'autre part de la bienveillance et de la douceur d'un pouvoir central qui aurait la volonté de les maintenir en situation d'êtres mineurs , irresponsables , incapables d'exercer leur sens critique :

"Pouvoir immense , tutélaire qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu , détaillé , régulier , prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si , comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche , au contraire , qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent , pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité , prévoit et assure leurs besoins , facilite leur plaisir , conduit leurs principales affaires [....] , que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre? C'est ainsi que tous les jours , il rend moins utile et plus rare l'emploi du libre arbitre ; qu'il renferme l'action de la volonté dans un plus petit espace , et dérobe peu à peu à chaque citoyen jusqu'à l'usage de lui - même. "

On voit bien ici comment Tocqueville insiste sur le danger que les individus ont à se placer sous la tutelle permanente de l'Etat mais il évoque aussi la nécessité d'un tiers entre l'Etat et l'individu.

Au vu des derniers textes en médiation de la Consommation et de ceux à venir , on peut s'interroger sur la question de l'autonomie des citoyens, cette notion étant étroitement associée à celle de responsabilité et de liberté , piliers fondamentaux de la médiation.

Les médiés doivent être des sujets libres, conscients et ne doivent pas faire l'objet de déterminismes multiples qui conditionneraient leur réflexion et surtout leurs décisions , hors médiation pénale évidemment placée sous l'autorité du Procureur .

Parallèlement , les médiateurs diplômés indépendants souffrent de l'absence de règlementation en matière de diplômes et se trouvent sur un "marché" sans aucune barrière d'entrée , confrontés à une concurrence de plus en plus vive venant de toutes parts dont celle de l'Etat.

D'où ma question :

Que voulons - nous faire , en France, en médiation et quel rôle pour l'Etat ?

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